L’école française de socioanthropologie

09, 2015, L’Ecole française de socioanthropologie version française augmentée, Editions Sciences Humaines, préface de G. Balandier, 304 p.

L’ouvrage montre que l’Ecole française de socio-anthropologie (EFSA) n’est pas seulement un groupe de philosophes ayant, autour de Durkheim et de Mauss, créé la sociologie en France entre la fin du 19e et le début du 20e siècle. Elle est aussi au fondement d’une doctrine et d’un regard particulier porté sur le monde, qui renoue avec la philosophie des lumières et se prolonge dans un projet scientifique d’ampleur jusqu’à nos jours inégalée ; une perspective qui structure encore intimement une grande partie des travaux actuels de la sociologie et de l’anthropologie. L’EFSA a inventé l’institutionnalisme (dont le pendant en économie se rapproche des écoles évolutionniste et de la régulation) et souligné l’importance des normes sociales et du symbolique pour maintenir la cohésion sociale des sociétés modernes, les plus bousculées par la division du travail et les logiques de marché. Si les libéraux utilitaristes l’ont combattue (et continuent encore de le faire) c’est qu’elle en a toujours menacé les postulats. Ses membres ont été les premiers, dans l’ensemble des sciences sociales et humaines mondiales, à s’affronter au problème des limites de l’humain et à utiliser le concept de productivisme. Ils ont inauguré en France le premier laboratoire de sociologie, pensé le projet d’une pédagogie scolaire républicaine, fondé la sociologie urbaine française comme composante de la « morphologie sociale » ; tout en proposant des méthodes et des protocoles de recherche rigoureux, en adaptant notamment l’analyse statistique à la compréhension des phénomènes sociologiques. L’EFSA est aussi à l’origine (en sociologie) du concept de morale laïque récemment remis au premier plan en France. De ses racines chez Rousseau et Montesquieu jusqu’à ses prolongements contemporains, en passant par son influence sur le Collège de France, la Sorbonne, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ou le CNRS, l’EFSA a essaimé dans le monde entier et semé des graines socio-anthropologiques dans de nombreuses pensées et recherches, ce que ce livre rappelle et précise. Son profond humanisme reste une importante source d’inspiration et peut constituer une voie analytique et politique pour sortir de la crise sociale et humaine d’aujourd’hui. C’est pourquoi, après avoir rappelé les termes de sa renaissance post-guerre de 1939-45 (autour de Gurvitch, Balandier et Duvignaud surtout), l’ouvrage traite des durkheimiens contemporains.

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