O13, 2022, Démocratie contre écologie ? Les obstacles sociaux à la transition écologique et solidaire

O13, 2022, Démocratie contre écologie ? Les obstacles sociaux à la transition écologique et solidaire, Ed. Le Bord de l’Eau, 211 p.
La démocratie, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui en France, est le principal obstacle à la nécessaire transition écologique à opérer pour éviter que les désastres en cours ne s’accentuent et ne conduisent à terme à l’effondrement de notre modèle social prophétisé par divers auteurs. La démocratie du productivisme est celle du marché libre s’opposant à l’écologie à la fois par l’abondance des modèles de consommation et par divers obstacles culturels, sociaux, politiques, économiques, démographiques ou technologiques. Si les milliers d’expérimentations et de réalisations locales que porte le mouvement de l’Economie sociale et solidaire, ainsi que les politiques de préservation (parc, réserves, zones protégées, etc.) sont des plus utiles, elles n’agissent pas à la source sur les fondements du productivisme, sur les questions transversales de l’emploi industriel ou de l’urbanisation, ni sur les transports longue distance ou sur la préservation du modèle de protection sociale en économie décroissante. Enfin, interviennent les contradictions entre le temps long des problèmes et le temps électoral ou politique court, ou entre le caractère virtuel, l’invisibilité relative, de certains désastres en cours, concernant surtout les prochaines générations, et les conditions de vie très concrètes, dures au jour le jour pour une grande partie de la population.
L’ouvrage s’attache à montrer les dimensions de réforme et les obstacles globaux à surmonter face aux quatre grands défis planétaires que sont, d’une part, le déclin de la biodiversité et des ressources non renouvelables et, d’autre part, la double augmentation tant de la température du globe que des risques techno-scientifiques. Contrecarrer ces quatre tendances passe par la relocalisation de la production, les économies d’énergie et de ressources, la reconversion d’activités économiques impactantes, la lutte contre les inégalités écologiques, la promotion de modes de production moins polluants et plus autonomisants des territoires vécus. Ces objectifs relèvent d’une « transition écologique et solidaire », car le principe de solidarité n’est pas seulement une valeur liée à la démocratie mais encore une condition du réalisme politique : aucune réforme structurelle d’orientation écologique ne se concrétisera sans tenir compte des inégalités de classe, entre secteurs d’activités, entre régions, entre le Nord et le Sud, mais aussi entre générations actuelles et à venir.
On évoque donc les impasses de la démocratie actuelle : médias et sondages donnant l’illusion du contre-pouvoir ou de la participation, tribunaux saturés et normes de protection non appliquées, élections et activités syndicales centrées sur le court terme, forte efficacité des très pragmatiques lobbies technocratiques face à des mouvements orientés par des valeurs ou par les équivoques de la seule subsidiarité, mécanismes de marché et modes de vie ou de consommation favorisant toujours le productivisme, etc. Ces impasses sont examinées pour mieux imaginer les conditions par lesquelles les libertés d’aujourd’hui – à protéger mais aussi à modifier – pourraient ne pas conduire aux très fortes contraintes de demain. Réconcilier démocratie et écologie suppose de transformer en « communs » la diversité sociale et de mobiliser un pouvoir d’agir collectif, ce qui suppose de définir une orientation écologique du progrès.